Ce blog souhaite participer à la reconnaissance et la mise en valeur des Grands Crus. Un Grand Cru doit fédérer l'ensemble des vignerons pour une reconnaissance commune, être le phare d'une région. Certains de ces vins font partie des meilleurs vins blancs de France, et du reste du monde. On y trouve des vins à des rapports qualité-prix exceptionnels. Est-ce là une des raisons d'un manque de notoriété ? Ou alors un manque "d'esprit d'équipe" ?
Quelles sont les actions de la gestion locale ?
L’action forte à été de faire des vins à moins de 10 grammes de sucres résiduels pour le riesling Grand Cru , afin d’ avoir un équilibre sec et que le consommateur n’ai pas de surprises. Avec l’ensemble des producteurs nous dégustons nos vins pour échanger nos avis. Nous avons décidé de supprimer les herbicides de pré-levée (donc anti-germinatif) mais l’usage d’herbicide foliaire est toléré pour les producteurs qui ne sont pas en bio. L’usage d’anti-botritys est proscrit.
Y-a-t-il une volonté commune de mettre en avant l’AOC Grand Cru, avant l’individualité ?
On peut dire que oui.
Le domaine Mochel est à l’origine de la reconnaissance de l’Altenberg de Bergbieten, et le plus connu. La famille Mochel continue de promouvoir ce Grand Cru. Aucun autre producteur n’est assez fort pour mettre son nom en avant.
Le prix des vins qui est bas, avantage ou handicap ?
Je vends mes Grands Crus entre 12 et 14€. Au dessus de 15€ ça serait sûrement moins facile. Mais en effet en France la reconnaissance d’un grand vin passe par le prix. Lorsque c’est cher le consommateur se dira inconsciemment que le vin est bon.
Mais mes importateurs à l’étranger n’ont pas de mal à vendre mes vins parmi les meilleurs, indépendamment du prix. Sans doute grâce à la renommée des vins français.
Ce qui est important c’est que le consommateur soit satisfait.
Es-tu pessimiste ou plutôt optimiste pour l’avenir ?
Si nous continuons à travailler sérieusement cela se passera bien. Mais rien n’est acquis définitivement.
Le consommateur alsacien a-t-il conscience d’avoir de grands vins devant sa porte ?
En effet, la plus grande partie des Alsaciens l’ignore. Bien souvent ils achètent un prix, ce qui nous ramène à une des questions précédentes. Mais ces grands vins, issus des Grands Crus ne représentent qu’un faible pourcentage, entre 2 et 4%.
Quels sont les freins à la reconnaissance de nos grands vins ?
Sans doute essentiellement un manque de communication. Nous sommes des vignerons, et le marketing, la communication, n’est pas la base de notre métier. Même si nous devons l’intégrer. Ensuite la qualité de certains producteurs n’est pas à la hauteur.
Le Grand Cru se prête-il à une grande garde ?
Oui, surtout avec le riesling et le gewurztraminer. Avec les meilleurs millésimes on peut aller jusqu’à 20 ans. Peut être plus, mais pour le moment nous n’avons pas le recul nécessaire pour le savoir. C’est l’acidité de départ qui va aider le vin pour cela. Les rieslings de la période 89′/93′ de mon père sont magnifiques.
Gardez-vous des vieux millésimes ?
Chaque année nous mettons environ 60 bouteilles de riesling et une vingtaine de gewurztraminer du Grand Cru en réserve. Nous le faisons aussi avec quelques autres cuvées mais nous constatons que la tenue dans le temps est bien plus courte.
As-tu un souvenir particulier d’un millésime âgé ?
Oui, le riesling Altenberg 1990 de mon père. Merveilleux !
Quel est ton meilleur souvenir de dégustation d’un vin d’Alsace ?
J’en ai plusieurs : le riesling Le Dragon de Josmeyer, le riesling Altenberg 2004 de Mochel, le pinot noir Runtz de Lucas Rieffel.
Le Riesling Bruderthal 2005 chez G. Neumeyer m’a bluffé, ça bouge là-bas en ces derniers temps !
Quel est ton meilleur souvenir de dégustation d’un vin d’une autre région ?
Je suis attiré par les vins dits « nature », et au bout d’un certain temps j’ai eût l’impression de toujours boire la même chose, quelque soit la région d’origine. Mais ceux de Didier Barral m’ont surpris, ils ont quelque chose de différent. J’aime beaucoup les vins de Philippe Alliet, le St Aubin 1er cru Les Murgers Dents de Chien de Françoise et Denis Clair, mon ancien maître de stage.
Mais mon meilleur souvenir est le tour de cave du millésime 2002 au Domaine de la Romanée-Conti. Nous avons eu la chance de goûter tous les vins rouges en 2003.
Rien n’est figé, j’ai hâte de découvrir de nouvelles références !
Quelles sont les actions de la gestion locale ?
Notre gestion locale a pour objectif de ne laisser aucun d’entre nous en retrait. Nous souhaitons avancer tous ensemble. La décision d’une date de vendange en commun en est un exemple.
Avec le syndicat local nous organisons divers manifestations, animations, des randonnées. Nous gérons également l’entretien du vignoble.
Y-a-t-il une volonté commune de mettre en avant l’AOC Grand Cru, avant l’individualité ?
Oui, lorsque l’on parle de l’Altenberg de Wolxheim cela est bon pour nous tous.
Les prix faibles, avantage ou handicap ?
Je pense que notre héritage culturel nous gène dans la revendication de prix élevés. Nous vendons essentiellement en direct, notre client vient à Wolxheim ou nous lui envoyons sa commande.
Ils sont prêts à mettre le prix dans des gewurztraminer cuvée X ou Y, ou des VT. Ces vins représentent une grosse partie de mes ventes (30 à 40%) mais ils ont plus de mal à mettre le même tarif sur un riesling GC. Pourquoi, je ne sais pas. Est ce le fait qu’un Riesling GC est uniquement un vin de gastronomie et donc de repas et que les gewurztraminer sont plus accessible en terme de goût et sont plus facilement servie lors des apéritifs ou desserts ?
Es-tu pessimiste ou plutôt optimiste pour l’avenir ?
Je crois que depuis quelques années les mentalités ont changées, nous évoluons vers une recherche de qualité et de préservation de l’environnement. Nous allons dans le bon sens.
Le consommateur alsacien a-t-il conscience d’avoir de grands vins devant sa porte ?
En effet, seul quelques uns le savent. Il y a aussi les buveurs d’étiquette qui sont attirés par les plus grands noms. Mais peu d’amateurs peuvent y mettre le prix fort.
Quels sont les freins à la reconnaissance de nos grands vins ?
Nous devons donner à nos futurs clients les occasions de découvrir nos vins. Les jeunes qui viennent aujourd’hui sur les salons n’ont peut être pas les moyens de dépenser de grandes sommes mais nous devons nous comporter avec eux comme avec les autres clients. Ce sont nos clients de demains. De plus, il faut bien pouvoir créer une première expérience.
Le Grand Cru se prête-il à une grande garde ?
Il faut attendre au moins 5 ans. Un millésime classique arrive à son apogée entre 10 et 15 ans. Sur les meilleurs années nous pouvons les boire à 20/25 ans.
Gardez-vous des vieux millésimes ?
Depuis 1990 nous gardons quelques bouteilles de chaque millésime pour notre oenothèque.
As-tu un souvenir particulier d’un millésime âgé ?
Il y a quelques années j’ai racheté la maison du voisin, inhabitée depuis un bon moment. En vidant la grange de tous ses déblais nous avons trouvé à même le sol sous un tas de paille une trentaine de bouteilles de vin, dont du champagne et du riesling du millésime 1976 de notre Domaine. Nous avons donc ouvert toutes les bouteilles, goûté, refait les niveaux et rebouché. Le vin avait encore une fraicheur magnifique. Le Noël suivant j’ai sorti un peu de ce champagne et de riesling. Et aujourd’hui encore de temps en temps…
Quel est ton meilleur souvenir de dégustation d’un vin d’Alsace ?
J’ai bu de bons vins mais aucun qui ne m’ai transcendé au point d’avoir un souvenir impérissable.
Quel est ton meilleur souvenir de dégustation d’un vin d’une autre région ?
Château Haut Brion. C’est au dessus de tout.
Wolxheim a cela d’intéressant qu’elle juxtapose trois sols différents. En venant de l’ouest, par Soultz-les-Bains, on trouve en premier le grès rouge des Vosges. Dès l’entrée à Wolxheim-le-Canal il y a creusé dans la roche une antique glacière. Juste en amont se trouve la carrière de grès. Au dessus de la route, derrière les vignes et caché par la végétation rien ne révèle sa présence. Mais elle fait la joie de rapaces…
Un peu plus vers l’est et quelques mètres au-dessus de cette première carrière il s’en trouve une seconde qui fait figure de falaise calcaire. On peut y accéder bien plus facilement que la précédente. Attention danger, chutes de pierres !!!
Quelles sont les actions de la gestion locale ?
En 1998 le syndicat viticole a mis place la confusion sexuelle dans les vignes. Ce qui signifie que tous ont accepté de ne plus utiliser d’insecticides et cela fonctionne. Chaque année les viticulteurs se retrouvent avant les vendanges du Grand Cru pour en définir un début et une fin commune. Le but est d’en faire des vins secs, issus de raisins cueillis à maturité.
Y-a-t-il une volonté commune de mettre en avant l’AOC Grand Cru, avant l’individualité ?
Oui, elle est forte. Lorsque l’on parle de l’Altenberg de Wolxheim tous les viticulteurs en bénéficient. Mais si un seul a des pratiques douteuses cela aussi jette le trouble sur l’ensemble.
Les prix faibles, avantage ou handicap ?
Bruno met en avant sa vision de la satisfaction du client. Pour lui l’important est le contenu et le service du client dans la durée. Mais il est vrai que lorsque chez le caviste le client a le choix entre entre plusieurs Grand Cru à 10, 20, 30 et 40€ les extrêmes n’ont peut être pas l’avantage…
Pour le passionné le vrai test est la dégustation à l’aveugle. Seul le vin, le palais et le goût du dégustateur parlent.
Es-tu pessimiste ou plutôt optimiste pour l’avenir ?
Pour aller vers une qualité plus homogène des Grands Crus la difficulté reste les dégustations d’agréments, on ne peut pas être juge et partie. C’est probablement sur ce sujet que l’on doit travailler.
Le consommateur alsacien a-t-il conscience d’avoir de grands vins devant sa porte ?
L’Alsacien a une culture du sucre alors qu’un grand vin est sec. Aujourd’hui l’information est disponible aisément grâce à internet. Il faut pousser une bonne porte pour être rassurer car la qualité hétérogène ne l’aide pas à s’y retrouver. De plus l’humain pense facilement qu’ailleurs on fait mieux, alors que nous sommes dans une région d’une diversité absolue.
Quels sont les freins à la reconnaissance de nos grands vins ?
La qualité hétérogène, des différences au sein d’un même Grand Cru. Certains sous la pression ont des périmètres bien plus grands que ce qui était reconnu historiquement.
Le Grand Cru se prête-il à une grande garde ?
Ce sont des vins de garde de 5 à 10 ans, déjà homogènes à cet âge. Mais on peut aller à 12-15 ans, même 20 ans pour des grands millésimes comme 2008.
Gardez-vous des vieux millésimes ?
Nous gardons chaque millésime en cave. J’ai du 72′, du muscat de 1980.
As-tu un souvenir particulier d’un millésime âgé ?
Un riesling 92′.
Le jour ou j’étais à côté de Léonard Humbrecht et que nous goutions mon riesling Altenberg 2007 il m’a dit que c’était un beau vin. Cette reconnaissance par mes pairs me touche, surtout de la part de collègues hauts-rhinois.
Quel est ton meilleur souvenir de dégustation d’un vin d’Alsace ?
J’ai un bon souvenir d’un muscat de chez Beck-Hartweg. Mais sans doute le plus grand un riesling Clos Windsbuhl 2004.
Quel est ton meilleur souvenir de dégustation d’un vin d’une autre région ?
J’aime beaucoup le sud de la vallée du Rhône, comme Gigondas : Pavillon du Montmirail des années 1980. Egalement les Pessac Léognan, surtout en blanc.
Dans le creux du vallon le chemin délimite le côté ouest. Au fond on peut voir Strasbourg avec sa Cathédrale.
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